December 14, 2018, Friday, 347

Chantage à crédit

De La Tour des Héros.

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Chantage à crédit (Joker's Favor) est, selon l'ordre idéal, le 22e épisode de Batman : La Série animée. Cet épisode marque les premières apparitions, dans la série et dans le DCAU, d'Harley Quinn et des hommes de main Rocco et Henshaw.

Batman : La Série animée
Épisode
Titre français Chantage à crédit
Titre original Joker's Favor [La Faveur du Joker]
N° ordre idéal 22
N° de prod. 522
1re diff. USA FOX (vendredi 11 septembre 1992)
1re diff. francophone Canal+ France (date inconnue)
Format image 4/3 (Full screen)
Durée ± 21 minutes
Scénario Paul Dini
Réalisation Boyd Kirkland
Musique Shirley Walker
Studio d'animation Dong Yang Animation Co., LTD.
NOA Animation (layout)
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Bas les masques (2) Vendetta
Guide des épisodesForum

Sommaire

Histoire

Charlie Collins rentre chez lui après une journée difficile lorsqu'il insulte sur la route un chauffard, avant de se rendre compte qu'il s'agit du Joker ! Charlie tente de lui échapper mais finit malgré tous ses efforts par se retrouver à la merci du criminel, qui lui laisse toutefois la vie sauve à la condition que Collins lui rende un service en temps voulu.

Deux ans plus tard, une soirée est organisée en l'honneur du commissaire Gordon. Le Joker est bien décidé à y semer son grain de sel et contacte Charlie, que le criminel a tenu sous surveillance pendant tout ce temps. Collins n'a pas d'autre choix que d'aider le Joker et ses complices Harley Quinn, Rocco et Henshaw, à organiser un assassinat massif puis réalise avec horreur que le clown n'a jamais eu l'intention de le laisser repartir chez lui vivant une fois sa part du marché accomplie.

Attention, spoiler ! Ce qui suit dévoile des éléments importants de l'intrigue.

Mais entre-temps, Charlie a eu le temps de prévenir Batman qui déjoue la tentative de meurtre avant de mettre hors d'état de nuire les comparses du Joker. Ce dernier, en tentant de s'enfuir, tombe sur Charlie qui le neutralise avant de le terroriser en le menaçant avec une des propres bombes du clown. Dans un ultime moment d'humiliation, le Joker part se cacher derrière Batman avant de se rendre compte que la bombe n'était pas dangereuse. Savourant sa victoire et tandis que le Chevalier Noir emmène le clown psychopathe, Charlie s'apprête à reprendre une vie normale.

Doublage

Distribution

Personnages Voix originales Voix françaises
Batman / Bruce Wayne Kevin Conroy Richard Darbois
Commissaire James Gordon Bob Hastings Jean-Claude Sachot
Inspecteur Harvey Bullock Robert Costanzo Gilbert Lévy
Alfred Pennyworth Efrem Zimbalist Jr. Jacques Ciron
Charlie Collins Ed Begley Jr. Patrick Préjean
Le Joker Mark Hamill Pierre Hatet
Harley Quinn Arleen Sorkin Kelvine Dumour
Le journaliste radio * Jean-Claude Sachot
La standardiste de l'aéroport * Régine Teyssot
Le narrateur * Pierre Baton

Commentaires

Titres

  • En anglais comme en français, le titre fait référence au marché conclu entre Charlie Collins et le Joker durant l'épisode. Le titre français est toutefois moins ambigu que l'original (qui ne parle que d'une faveur), mettant plus l'accent sur l'aspect malsain et le long terme de ce marché.
  • L'écran-titre est une image symbolique d'une photo de la famille Collins sur laquelle plane l'ombre du Joker.
Écouter la musique de fond

Analyse

Chantage à crédit marque clairement un tournant dans la carrière du Joker au sein du DCAU. Ses précédentes apparitions (dans l'ordre de production), aussi sympathiques soient-elles, n'avaient pas encore permis au personnage d'être exploité de manière totalement convaincante, de l'aveu même des auteurs de la série. Mais dans cet épisode, la folie du clown du crime va être mise en scène de manière brillante grâce au scénario de Paul Dini qui met de côté la sempiternelle confrontation avec Batman pour exploiter de manière plus profonde tout le plaisir malsain que le Joker peut prendre à torturer psychologiquement sa proie, allant jusqu'à la surveiller, tel un voyeur, pendant deux années avant de tenter de la laisser sadiquement courir à une mort certaine.

  • La victime de l'histoire, l'infortuné Charlie Collins, est un citoyen de Gotham City qui semble n'avoir à la base rien pour lui (citoyen sans histoire avec un physique qu'on pourrait qualifier d'ingrat) mais la mise en premier plan d'un tel personnage confère à ce dernier un capital sympathie certain : il est très facile de s'identifier à ce père de famille rentrant chez lui après une journée de travail pénible et perdant son sang-froid sur l'autoroute. Cela rend son sort d'autant plus terrifiant et ses efforts pour se sortir de ce pétrin particulièrement prenants pour le spectateur. La bonhomie du personnage est parfaitement appuyée par le leitmotiv musical de Shirley Walker et les interprétations remarquables de Ed Begley Jr. en VO et de Patrick Préjean en VF.
  • Toute la première séquence est parfaitement maîtrisée, certainement l'une des plus grandes réussites du regretté Boyd Kirkland. La course-poursuite infernale entre le Joker et sa victime n'a rien à envier aux plus grands films à suspense, on tremble presque autant que Charlie qui, malgré ses tentatives désespérées, se fait inévitablement rattraper par son poursuivant, véritable croque-mitaine souriant. À ce sujet, on notera l'excellente idée d'avoir représenté sur quelques plans le Joker avec la bouche fermée (ce qui est plutôt inhabituel), transformant ainsi son sourire figé de manière particulièrement sinistre. La tension atteint son comble lorsque Charlie, coincé dans un bois sombre, est à la merci de son poursuivant qui s'apprête à sortir quelque chose d'une de ses poches intérieures (la mise en scène prenant bien soin de ne pas révéler ce que c'est). Si cette scène a logiquement de quoi effrayer, on notera malgré tout, personnage du Joker oblige, un peu d'ironie voire même de bouffonnerie. Shirley Walker s'autorise ainsi une petite fantaisie en accentuant de manière presque cartoonesque les implorations de Charlie à son bourreau. Cela dit, celle-ci nous sert juste après un passage musical glacial à souhait, accompagnant parfaitement le rire sinistre du Joker résonnant dans les oreilles d'un Charlie Collins pétrifié d'effroi.
  • Il convient aussi de mentionner un élément nouveau dans l'univers "jokerien" et qui finira par en devenir une figure emblématique : Harley Quinn. Totale invention de Dini, elle fait une première apparition déjà remarquable, apportant beaucoup au personnage du Joker. Elle ne nous est pas vraiment introduite ici (d'autres épisodes de BTAS permettront d'en apprendre plus sur son passé mais il faudra attendre TNBA pour connaître les détails au sujet de sa rencontre avec son amoureux) et ne possède pas encore son thème musical mais elle montre déjà toute la folle et grotesque admiration qu'elle éprouve pour le clown et s'avère être une complice de choix. Elle montre également un caractère bien trempé lorsqu'elle repousse à sa manière les avances peu fines de Bullock, sans oublier le savoureux discours, aussi décalé que le personnage, qu'elle tient à son arrivée à la soirée. Cerise sur le gâteau, Harley bénéficie dès ses débuts d'un doublage impeccable de la part d'Arleen Sorkin dans la version originale. Côté VF, Kelvine Dumour, qu'on avait déjà pu entendre sur d'autres personnages (notamment Grace Lamont), est également déjà parfaitement à l'aise sur la complice du Joker.
  • Batman a, lui, quelque peu de mal à s'imposer dans cet épisode qui ne lui fait pas la part belle. Durant toute la première séquence, on ne peut qu'apercevoir brillamment la Batmobile, qui manque d'ailleurs de percuter violemment la voiture de Charlie, renforçant sa mauvaise humeur et ayant sans doute contribué à lui faire perdre ses moyens face à la mauvaise personne (notre Chevalier Noir s'avère ainsi être malgré lui l'un des déclencheurs de l'élément perturbateur de l'intrigue !). On notera tout de même que l'intrigue sur Gordon permet de développer un peu le respect mutuel que se vouent les deux hommes. En tant que Bruce Wayne, le héros de Gotham semble également entretenir une relation teintée de complicité avec le policier.
  • La scène finale s'avère être une conclusion parfaite à cette histoire et à l'évolution de Charlie. Après avoir tout fait pour prévenir la police puis Batman pour pouvoir indirectement contrecarrer les plans du Joker, il décide de neutraliser lui-même le criminel une fois sa mauvaise foi révélée. La scène où il menace son ancien bourreau clôture la spirale infernale déclenchée lorsque Charlie a accepté le chantage du Joker : les deux passages sont en effet très similaires puisque dans les deux cas, l'un se fait malmener physiquement avant de supplier l'autre. En plus de réussir là où même Batman était sur le point d'échouer, Charlie accomplit l'impossible en rabaissant comme jamais le clown criminel, l'envoyant même se réfugier dans le dos du Chevalier Noir après l'avoir appelé à l'aide ! Le comble de l'humiliation est atteint lorsque Batman lui-même rit de son ennemi une fois le subterfuge dévoilé. La boucle est définitivement bouclée lorsque Charlie repart chez lui reprendre une existence ordinaire.


L'un des meilleurs épisodes avec le Joker, voire de toute la série. Même la légère faiblesse graphique ne saurait gâcher les efforts faits sur l'histoire, la bande-son et la mise en scène. Le public américain de l'époque peut se considérer chanceux d'avoir découvert le personnage du Joker avec cette histoire (c'est en effet le premier épisode mettant en scène le clown à avoir été diffusé à la télévision américaine).

Détails

Quelques remarques :

  • Robin n'apparaît pas dans cet épisode.
  • Sur le permis de conduire de Charlie, les indications permettent de situer Gotham City et ses environs dans l'état de New York. Sur ce même permis, on peut lire qu'il expire le 17 mars 95 tandis que Charlie est né le même jour de l'année 46. Dans les deux cas, le siècle n'est toutefois pas précisé.
  • Dans le premier plan de la séquence de Springdale, on peut voir passer en vélo un jeune garçon dont l'apparence physique rappelle Sherman Grant, personnage de L'Œuf du Pingouin, même si on note la couleur des cheveux légèrement différente et le fait que Sherman est censé habiter à Gotham City.
  • Sur le journal que tient Charlie à son retour à Gotham, on peut voir une photo de Batman ayant pour légende "The Batman". Il s'agit d'une référence aux premiers comics mettant en scène le personnage où le pronom "The" était utilisé (il a également refait surface avec les films de Christopher Nolan ou plus particulièrement avec la série animée de 2005) pour renforcer le côté "légende urbaine" du personnage.
  • Harley Quinn apparaît à l'aéroport déguisée en chauffeur, accoutrement qui évoque le personnage de Mercy Graves qui exerce ce métier dans la série Superman TAS (et avec qui Harley entretiendra une certaine rivalité). Elle lui en volera d'ailleurs la tenue lors de leur première rencontre !

  • Cet épisode comporte l'un des rares moments où nous pouvons voir Batman rire !

Incohérences ou Éléments inexpliqués

Quelques petites étrangetés :

  • Lorsque le Joker s'empare du permis de conduire de sa victime, il lit « Charles Michael Collins ». Or, quand il le montre à la caméra plus tard, on constate que le Michael n'apparaît pas.
  • Dans les notes du Joker, celui-ci a indiqué que Charlie vivait désormais à Springdale, Ohio, au 12 Marigold Lane. La ville de Springdale existe bel et bien dans l'Ohio mais elle ne possède pas de rue portant ce nom. De plus, son code téléphonique est le 513 et non le 614 comme cela est marqué dans l'épisode. On ne reviendra pas sur le numéro de téléphone improbable de Charlie…
  • La photo de Gordon sur laquelle le Joker s'amuse à lancer des fléchettes disparaît lors d'un plan (tout comme les fléchettes).
  • Un passage de la conversation téléphonique entre Charlie et le Joker laisse perplexe. Pourquoi ce dernier finit-il par regarder par la fenêtre (voyant ainsi Rocco et Henshaw rôder autour de sa maison et de sa famille par la même occasion) ? Rien dans les propos du Joker ne l'y poussait, et on peut aussi trouver un peu gros que les deux hommes de main passent juste à ce moment là et que Charlie parvienne à déduire qui ils sont. L'efficacité dramatique a une nouvelle fois été privilégiée à la cohérence.
  • S'il est inutile de souligner que le gaz paralysant qu'utilise le Joker est tout sauf réaliste, on s'interrogera plus sur le fait que ce dernier ait pu truquer les bougies de la salle sans attirer l'attention. Même chose pour les pièges du musée (on a bien du mal à croire qu'ils aient toujours été là comme semble le sous-entendre le clown), d'autant plus que le Joker n'avait probablement pas prévu de s'y confronter avec Batman.
  • Comment Charlie a t-il su que la bombe qu'il tenait entre les mains n'était pas dangereuse alors que même le Joker l'ignorait ?

Références culturelles

Quelques références culturelles :

  • En VO, au cours de la conversation téléphonique entre Charlie et le Joker, ce dernier appelle son interlocuteur « Charlie Brown », nom du personnage principal du comic strip Peanuts.
  • Quand le Joker sort du gâteau dans lequel il se cachait, Harley Quinn l'applaudit en faisant notamment des « whoo - whoo - whoo ». L'intonation qu'elle prend en VO plus sa gestuelle à la fin sont en fait une imitation de l'ex-animateur de talk-show Arsenio Hall.
  • Toujours en VO, Charlie dit « Say Goodnight Gracie » au Joker alors qu'il est en train de le menacer. Il s'agit d'une référence au duo comique formé par George Bruns et Gracie Allen, qui utilisaient cette phrase pour conclure leurs prestations.

Citations

Charlie Collins : Et ben voilà : y a un cinglé qui sème la pagaille et on est pris dans les embouteillages ! Comme ça, on finit la journée en beauté : j'ai pas eu mon augmentation, le gosse a mal aux dents et ce soir on mange du hachis parmentier…


Harley Quinn (s'adressant au commissaire Gordon) :
Héros le plus brillant de tout Gotham City,
Terreur des trafiquants, des escrocs, des bandits.
Vous gagnez la partie contre tous les gangsters
Mais voici, mon poulet, un atout du Joker.


Charlie Collins : Tu n'iras pas en prison, pas cette fois-ci. J'ai trouvé cette bombe pas loin du camion. Et c'est comme ça que tu vas finir Joker, plus de machinations, plus de grands duels avec Batman. Demain, on lira dans tous les journaux : « On a retrouvé le grand Joker en petits morceaux dans une impasse à côté d'un misérable petit ver de terre ». Hum, ironie du sort ! Amusant, n'est-ce pas ? Tu vois, je peux aussi détruire les rêves d'un être humain et ça c'est bien le seul rêve que tu aies jamais eu.
Le Joker : […] Tu es complètement fou !
Charlie Collins : J'ai été à bonne école ! Ha, ha ! Dis-moi au revoir, guignol !


Charlie Collins : Je me demande ce que ma femme va faire à dîner. Maintenant, tout va me sembler bon, même le hachis parmentier.


Traduction

L'épisode bénéficie d'une excellente adaptation française, très fidèle à la VO malgré quelques libertés :

  • Lorsque Charlie récapitule ses soucis au début de l'épisode, il mentionne son dégoût pour le hachis parmentier en VF. En VO, il s'agit du meat loaf (pain de viande).
  • Bizarrement, la version française ne fait pas prononcer à Charlie le prénom de sa femme (Bonnie), contrairement à la version originale où il le fait deux fois.
  • Lors de son altercation avec le Joker, Charlie se montre encore plus insultant en VF qu'en VO (où il s'interrompt avant d'en avoir éventuellement l'occasion) puisqu'il n'hésite pas employer le mot "gueule", repris plus tard par le Joker. L'emploi de ce mot familier est d'autant plus étonnant dans le doublage de ce genre de série animée !
  • Quand le Joker le saisit par le col et lui demande « Tout ce que je veux, c'est bien vrai ça ? », Charlie laisse échapper entre ses dents un « C'est vrai ça oui » presque imperceptible. C'est une spécificité de la VF, Charlie ne disant rien d'autre que de petits « hum, hum » en VO.
  • Comme ce sera souvent le cas dans la VF de Batman TAS (mais plus par la suite), le surnom de « Mr. J », que Harley Quinn donne au Joker, est transformé en « Monsieur Jo ».
  • Lorsque Charlie arrive chez le Joker, celui-ci l'accueille d'un « Jumpin' Jiminy Christmas », une expression n'ayant pas d'équivalent précis en français. Sur le même passage, la VF nous livre un savoureux « Par les moustaches de ma grand-mère » !
  • Dans la seconde partie de l'épisode, la VF désigne étrangement, sauf par la bouche d'Harley, le Joker sans article ("Joker" tout court au lieu de "le Joker" ou "du Joker"). À noter que ce sera aussi le cas dans Heureux comme un poisson dans l'eau.
  • Au moment où il sort sa bombe devant un Gordon paralysé, le Joker lance un « […] recevez ce gage de reconnaissance de ma part et de tous les dealers qui ont du mal à joindre les deux bouts », faisant ainsi notamment un jeu de mots très poussif avec "dealers" et "dit l'heure" (en évoquant la minuterie de la bombe). En VO, il dit «[…] for me and all the guys doing 25 to life », "25 to life" étant une expression désignant des peines de prisons très lourdes (25 ans au minimum, à vie au maximum).
  • À la fin de l'épisode, le Joker vouvoie Batman. Là encore, ce sera aussi le cas dans Heureux comme un poisson dans l'eau mais dans ce cas présent, c'est justifié par le contexte de la scène (le Joker implorant l'aide du Chevalier Noir).

Médias (DVD, VHS et CD)

Cet épisode est disponible sur :

: ce drapeau indique que le média comporte une piste audio VF.

Notons également que la musique de cet épisode, répartie sur sept pistes, est intégralement disponible sur le CD Batman: The Animated Series, aujourd'hui épuisé. Le site de l'éditeur en propose un extrait, correspondant à la première minute de l'épisode.

Diffusions

Quelques diffusions et rediffusions que nous avons pu relever sur les chaînes francophones :

Références

Sources images et infos :